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— Un temps idéal pour passer l’après-midi dans un musée, annonça Pendergast en observant le ciel menaçant.

Patrick Muiphy O’Shaughnessy aurait été incapable de dire si l’inspecteur parlait sérieusement ou non. Debout sur les marches du commissariat d’Elizabeth Street, il se demandait ce qu’il avait bien pu faire pour mériter ça. Ce type ressemblait plus à un croque-mort qu’à un flic, avec son costume funèbre et son accent de carnaval. Comment les têtes pensantes du FBI avaient-elles pu le recruter ?

— Le Metropolitan n’est pas un simple musée, sergent, c’est un paradigme. L’un des plus beaux musées au monde. Mais je ne vous apprends sans doute rien. Êtes-vous prêt ?

O’Shaughnessy haussa les épaules. Musée ou paradigme, il était censé coller aux basques de cet énergumène. Quelle mission de merde...

Au moment où ils arrivaient sur le trottoir, une longue automobile grise glissa silencieusement vers eux. O’Shaughnessy n’en croyait pas ses yeux. Une Rolls ! Cette espèce d’erreur de la nature menait ses enquêtes en Rolls ! Pendergast ouvrit la portière et lui fit signe de monter.

— Vous l’avez confisquée à un dealer ? demanda O’Shaughnessy.

— Non, non, il s’agit de ma voiture personnelle.

Il aurait dû s’en douter. Tout le monde sait que La Nouvelle-Orléans est un repaire de flics véreux, et ce type-là devait toucher des pots-de-vin, ou alors être mêlé à des trafics de drogue. Si ça se trouve, Custer voulait sa part du gâteau. Et il avait fallu que ça tombe sur lui ! Quelle mission de merde...

— Après vous, je vous en prie.

Pendergast lui tenait toujours la portière. O’Shaughnessy s’installa sur la banquette de cuir blanc où Pendergast ne tarda pas à le rejoindre.

— Au Metropolitan, fit-il à l’adresse du chauffeur.

Au moment où la Rolls s’éloignait, O’Shaughnessy aperçut le capitaine Custer, debout devant le commissariat, les yeux écarquillés. Il dut se retenir de lui faire un pied de nez.

O’Shaughnessy se tourna vers Pendergast et le regarda longuement avant de déclarer :

— À notre succès, inspecteur.

Puis il se tourna vers sa fenêtre : et le silence s’installa.

— Je m’appelle Pendergast, finit par dire l’agent du FBI d’une voix douce.

O’Shaughnessy regardait toujours par la fenêtre. Au bout d’une minute, il reprit :

— Alors, quoi de neuf au Metropolitan ? On a retrouvé une momie morte ?

— Il serait tout de même surprenant qu’une momie fût vivante, sergent. Mais ce n’est pas le département des antiquités égyptiennes qui nous intéresse.

C’était bien la chance de O’Shaughnessy de tomber sur un flic du FBI qui faisait de l’esprit. Il se demanda combien de corvées de ce genre on allait encore lui refiler. Tout ça parce qu’il avait fait une connerie cinq ans plus tôt. À chaque fois qu’un truc bizarre se présentait, il pouvait être certain qu’on viendrait le chercher. La plupart du temps, il s’agissait d’affaires sans intérêt, mais cette fois, c’était différent. Ce type avec sa Rolls n’était visiblement pas le premier venu. Tout ça était louche.

O’Shaughnessy eut une pensée pour son pauvre père et une bouffée de honte l’envahit. Heureusement qu’il n’était plus là pour le voir. Cinq générations de O’Shaughnessy avaient servi dans les rangs de la police new-yorkaise, et voilà que l’honneur de toute cette lignée se trouvait entaché à cause du petit dernier. Encore onze ans à attendre... Il n’était pas sûr de tenir le coup jusqu’à l’âge de la préretraite.

— Alors, à quoi joue-t-on ? finit-il par demander.

Assez de conneries. Il n’avait pas l’intention de se laisser faire. Pas question d’en prendre plein la gueule cette fois-ci.

— Sergent ?

— Quoi ?

— Il ne s’agit pas d’un jeu.

— Non, bien sûr, ironisa-t-il. On ne joue jamais dans la police, tout le monde le sait.

Tout en parlant, il s’aperçut que l’inspecteur le regardait fixement, et il détourna les yeux.

— J’ai comme l’impression que vous vous méprenez, sergent. Même si je crois comprendre la raison de cette méprise. Il y a cinq ans, vous avez été surpris par une caméra de surveillance alors qu’une péripatéticienne vous glissait deux cents dollars dans la main pour la laisser partir. Il existe un terme pour les fonctionnaires de police coupables de ce genre de délit. On appelle ça des « ripoux », je crois.

O’Shaughnessy hésitait entre la honte et la rage. Voilà qu’on remettait ça sur le tapis. Il préféra ne rien dire. D’ailleurs, qu’aurait-il pu dire ? À tout prendre, il aurait mieux valu qu’on le vire.

— La bande vidéo a été envoyée à la police des polices qui s’est penchée sur votre cas. Plusieurs versions des faits ont été avancées et rien n’a jamais été prouvé, mais le mal était fait. Depuis cette époque, votre carrière se trouve... comment dirais-je ?... en sommeil.

O’Shaughnessy regardait de plus en plus fixement par la fenêtre. En sommeil Tu parles !

— Depuis, votre existence professionnelle n’est qu’une longue suite de missions douteuses et d’affectations médiocres. Vous êtes tout naturellement enclin à penser que votre mission d’aujourd’hui est tout aussi banale.

— Pendergast, je ne sais pas à quoi vous jouez, mais je me passerais volontiers de vos commentaires, répliqua O’Shaughnessy d’une voix lasse, les yeux rivés au-dehors.

— J’ai vu cette bande vidéo.

— Tant mieux pour vous.

— J’ai notamment pu y entendre la péripatéticienne vous supplier de la laisser partir et vous dire que son proxénète la battrait si vous ne lui veniez pas en aide. Je l’ai entendue insister pour que vous preniez les deux cents dollars, arguant du fait que son proxénète, pensant qu’elle vous avait acheté, l’épargnerait. C’est pour cette raison que vous avez accepté.

O’Shaughnessy avait revécu la scène des centaines de fois dans sa tête. Et alors ? Personne ne l’avait obligé à prendre ce fric. Il ne l’avait pas non plus donné à une bonne œuvre. Quant aux putes, c’est leur lot quotidien de se faire tabasser par leur maquereau. Il aurait dû l’abandonner à son sort.

— Aujourd’hui, vous vous sentez las, vous n’êtes pas exempt d’un certain cynisme et vous pensez désormais que le concept même de protéger et servir est un vaste canular, en particulier dans une ville comme celle-ci où le mal et le bien vont de pair, où personne ne mérite service et protection.

— Vous avez fini de m’analyser ? demanda O’Shaughnessy après un long silence.

— Pour l’heure, oui. J’ajouterai que votre mission présente est en effet discutable. Mais pas exactement de la façon dont vous l’imaginez.

Un long silence s’installa.

O’Shaughnessy profita d’un feu rouge pour jeter subrepticement un œil en direction de son voisin. Pendergast devait s’y attendre car il croisa aussitôt le regard furtif du sergent et celui-ci sursauta presque.

— Par le plus grand des hasards, auriez-vous visité, la saison dernière, l’exposition l’Histoire en costumes ?

— Quoi ?

— Cette réaction m’incite à penser que la réponse à ma question est négative. Je le regrette pour vous. Le Metropolitan possède dans ses collections toute une série de costumes exceptionnels, dont certains remontent au Moyen Âge. L’année dernière, ils ont exhumé ces reliques de leurs réserves afin de monter une exposition consacrée à l’évolution du costume depuis six cents ans. Une exposition proprement fascinante. Saviez-vous que les femmes à la cour de Louis XIV étaient tenues à un tour de taille maximal de 33 centimètres, et que leurs robes pesaient en moyenne 15 kilos ?

O’Shaughnessy, déconcerté par le tour que prenait la conversation, ne savait que répondre.

— J’ai également été ravi d’apprendre qu’au XVe siècle, la braguette des costumes masculins...

Les considérations historico-vestimentaires de Pendergast furent heureusement interrompues par un coup de frein, un chauffeur de taxi téméraire ayant brusquement coupé la route de la Rolls.

— Ces Yankees sont d’un barbare, marmonna Pendergast avant de reprendre :

— Où en étais-je ? Ah oui ! La braguette...

La Rolls était bloquée à présent dans un embouteillage et O’Shaughnessy commençait à trouver le temps long.

 

Le grand hall du Metropolitan, avec ses marbres de style beaux-arts et ses décorations fleuries, était bourré à craquer. O’Shaughnessy se tenait en arrière pendant que son étrange compagnon s’entretenait avec l’une des volontaires débordées du bureau d’accueil. Elle prit son téléphone, dialogua avec un interlocuteur invisible pendant quelques instants et raccrocha, visiblement mécontente. O’Shaughnessy se demandait ce que pouvait bien fabriquer Pendergast. Tout au long de leur traversée de la ville, il n’avait rien dévoilé de ses intentions.

Regardant autour de lui, il reconnut sans peine la faune habituelle de l’Upper East Side : des femmes en hauts talons déguisées en sapins de Noël, des gamins de bonne famille en uniforme de leur école, évidemment sages et bien élevés, quelques universitaires arpentant le hall d’un air pénétré. On le regardait de travers, comme si un flic en uniforme n’avait pas sa place dans un lieu comme le Metropolitan. Quelle bande d’hypocrites.

Pendergast lui fit signe de le rejoindre et ils coupèrent la file d’attente devant les caisses, traversant successivement des salles de statues, de poteries, de peintures et autres momies. Pendergast devisait en chemin, mais O’Shaughnessy ne l’entendait que par bribes dans le tumulte ambiant.

Arrivés dans les salles consacrées à l’art asiatique, la foule était déjà moins dense et les deux hommes parvinrent enfin devant une porte gris métallisé que Pendergast ouvrit sans frapper, découvrant une hôtesse ravissante, assise derrière un bureau de bois blond. Ses yeux s’écarquillèrent légèrement à la vue de l’uniforme de O’Shaughnessy, et celui-ci lui jeta un regard noir.

— Puis-je vous aider ?

Elle s’adressait à Pendergast, sans quitter O’Shaughnessy des yeux.

— Dites au professeur Wellesley que le sergent O’Shaughnessy et l’inspecteur Pendergast souhaitent le voir.

— Vous avez rendez-vous ?

— Je suis au regret d’avouer que non.

L’hôtesse hésita.

— Vous êtes l’inspecteur... ?

— Pendergast, du FBI.

— Un instant, je vous prie, fit la jeune femme en rougissant fortement. Elle décrocha son téléphone et O’Shaughnessy entendit la sonnerie dans un bureau voisin.

— Professeur Wellesley ? Il y a un inspecteur Pendergast du FBI et un policier pour vous.

On entendait clairement la voix à l’autre bout du fil. Une voix féminine, à la fois décidée et glaciale, à l’accent britannique si prononcé que O’Shaughnessy en était tout hérissé.

— S’ils ne sont pas venus pour m’arrêter, Heather, ils n’ont qu’à prendre rendez-vous comme tout le monde. Je suis occupée, fit la voix avant de raccrocher sèchement.

L’hôtesse d’accueil, mal à l’aise, tenta de faire passer le message :

— Le professeur Wellesley...

Mais Pendergast n’avait pas attendu pour se diriger vers le bureau d’où venait la voix. Enfin, quelqu’un qui sait s’y prendre, pensa O’Shaughnessy alors que Pendergast ouvrait sans complexe la porte du bureau. Ce type-là est peut-être prétentieux, mais au moins il ne se laisse pas faire.

La voix féminine se fit aussitôt sarcastique :

— Ah ! La célèbre méthode policière qui consiste à mettre le pied dans la porte. Dommage qu’elle n’ait pas été fermée à clé, vous auriez pu la démolir à coups de matraque.

Faisant celui qui n’entendait pas, Pendergast s’adressa à son interlocutrice avec tout le charme dont il était capable :

— Professeur Wellesley, je m’adresse à vous car vous êtes une autorité mondialement reconnue dans le domaine du costume. Laissez-moi d’ailleurs vous dire à quel point j’ai été impressionné par vos observations sur la tunique de Vergina, un sujet qui ne m’a jamais laissé indifférent.

Un bref silence suivit sa déclaration.

— Vous êtes trop versé dans l’art de la flatterie, monsieur Pendergast, pour que je vous ferme ma porte.

O’Shaughnessy suivit l’inspecteur dans un bureau de taille modeste, mais confortable. Les meubles provenaient probablement des collections du musée et plusieurs aquarelles du XVIIIe représentant des personnages d’opéra ornaient les murs. O’Shaughnessy identifia aussitôt les héros du Barbier de Séville. L’opéra était son jardin secret.

Il s’assit, croisant et décroisant les jambes, essayant vainement de trouver une position confortable. Le bleu de son uniforme faisait tache au milieu des bibelots et des meubles précieux qui l’entouraient. Il porta à nouveau les yeux sur les tableaux et une aria d’un opéra de Mozart lui traversa l’esprit.

Le professeur Wellesley portait élégamment sa quarantaine.

— Je vois que vous vous intéressez à mes aquarelles, fit-elle à l’adresse de O’Shaughnessy.

— Pas mal, mais il faut aimer danser en perruque avec une camisole de force, répondit-il avec une rustrerie volontairement exagérée.

— Votre collègue a un sens de l’humour pour le moins curieux, s’étonna Mme Wellesley en se tournant vers Pendergast.

— Je ne saurais vous donner tort sur ce point.

— Mais peut-être me direz-vous ce que vous attendez de moi.

Pendergast extirpa de son costume un paquet enveloppé dans du papier kraft.

— Je vous serais infiniment reconnaissant si vous acceptiez d’examiner ceci, fit-il en déballant le paquet sur le bureau du professeur.

Celle-ci recula de dégoût à la vue d’un vêtement crasseux.

La défroque avait une odeur très particulière et, pour la première fois, la pensée que Pendergast travaillait vraiment sur une affaire sérieuse traversa l’esprit de O’Shaughnessy.

— Grand Dieu, s’exclama Mme Wellesley, portant la main à son visage. Ôtez immédiatement cette immondice de mon bureau !

— Cette immondice, professeur Wellesley, appartenait à une jeune fille de dix-neuf ans assassinée, disséquée, coupée en morceaux et enfouie dans un souterrain de Manhattan il y a plus d’un siècle. Dans la doublure de cette robe se trouvait un message rédigé par la malheureuse avec son propre sang. C’est ainsi que nous avons pu apprendre son nom, son âge et son adresse. Rien d’autre, malheureusement. Ce n’est pas le genre d’encre qui incite à se montrer prolixe. Elle savait qu’elle allait mourir, et que personne ne viendrait la sauver. Elle souhaitait juste pouvoir être identifiée, afin qu’on ne l’oublie pas. C’est ce que je tente de faire aujourd’hui.

Dans la main de l’inspecteur, la robe tremblait imperceptiblement et O’Shaughnessy constata non sans étonnement que Pendergast était ému. C’était la première fois de sa carrière qu’il voyait un enquêteur prendre autant à cœur une affaire.

Un silence épais suivit la déclaration de Pendergast.

Sans un mot, Mme Wellesley se pencha sur le vêtement qu’elle palpa et examina longuement avant de sortir d’un tiroir une loupe avec laquelle elle s’intéressa au tissu et aux coutures. Elle finit par se reculer sur sa chaise en soupirant.

— Il s’agit d’un vêtement tel qu’on en trouvait couramment dans les hospices à la fin du XIXe siècle. La laine est de qualité médiocre, quoique assez chaude, et la doublure est de coton écru. À la coupe de la robe et à la manière dont elle est cousue, il est probable que la jeune fille l’a fabriquée elle-même à l’aide de tissu fourni par l’hospice. On en trouvait alors de différentes couleurs : vert, bleu, gris ou noir.

— De quel hospice pourrait-il s’agir ?

— C’est difficile à dire. Il existait à l’époque à Manhattan un certain nombre de lieux susceptibles d’accueillir les enfants, les orphelins et les fugitifs. La plupart du temps, il s’agissait de maisons de redressement à la discipline très dure, tenues par des religieux ou reconnus comme tels.

— Est-il possible de dater cette robe ?

— Pas avec précision. C’est une imitation d’un modèle populaire du début des années 1880, la robe Maude Makin. Les pensionnaires de ces asiles reproduisaient volontiers les modèles trouvés dans des magazines populaires ou sur des publicités.

Le professeur Wellesley haussa les épaules et poussa un nouveau soupir.

— J’ai bien peur que ce soit tout.

— Si vous pensez à quoi que ce soit d’autre, vous pouvez me contacter par l’intermédiaire du sergent O’Shaughnessy.

L’historienne jeta un coup d’œil à la plaque d’identité accrochée à l’uniforme du policier en hochant la tête.

— En attendant, je vous remercie de votre obligeance.

Tout en remettant la robe dans son emballage, Pendergast ajouta :

— L’exposition que vous avez organisée l’année dernière était tout à fait remarquable.

Mme Wellesley hocha une nouvelle fois la tête.

— Contrairement à la plupart des expositions, la vôtre était pleine d’esprit. La salle consacrée aux houppelandes en était un exemple parfait. J’ai personnellement trouvé la chose tout à fait amusante.

Dissimulée dans son emballage, la robe perdait de son pouvoir sinistre et l’atmosphère commençait déjà à se détendre. De même que le capitaine Custer, O’Shaughnessy aurait bien aimé savoir en quoi le FBI s’intéressait à cette affaire vieille de plus d’un siècle.

— Votre compliment me touche d’autant plus qu’aucun journaliste n’avait remarqué la chose, répondit Mme Wellesley. J’ai en effet tenu à y glisser une note d’humour. Quand on prend le temps d’aller au-delà de son rôle purement fonctionnel, le costume est un attribut d’une absurdité charmante.

— Professeur, votre science m’a été fort utile, fit Pendergast en se levant.

Son interlocutrice l’imita.

— Appelez-moi Sophia.

Elle regardait visiblement l’agent du FBI d’un œil nouveau, un détail qui n’échappa pas à O’Shaughnessy.

Pendergast fit une courbette gracieuse en souriant et se dirigea vers la sortie. L’historienne prit le temps de l’accompagner jusqu’à la salle d’attente. Arrivée à la porte, Sophia Wellesley marqua une pause, rougit légèrement et dit :

— J’espère avoir l’occasion de vous revoir bientôt, monsieur Pendergast. Peut-être pourrions-nous dîner ensemble.

Cette remarque fut suivie d’un court moment de silence que Pendergast ne jugea pas bon de rompre.

— En tout cas, reprit-elle un peu sèchement, vous savez où me trouver.

Pendergast et O’Shaughnessy retraversèrent les salles du musée l’une après l’autre, se faufilant à travers la foule des visiteurs entre les devatars khmers, les reliquaires chargés de pierreries, les statues grecques et les vases antiques. Arrivés au bas des marches du Metropolitan sur la 5e Avenue, O’Shaughnessy sifflota l’ode de Sade à la séduction masculine, Smooth Operator. Si Pendergast l’entendit, il n’en montra rien.

Quelques instants plus tard, O’Shaughnessy retrouvait le confort de la banquette arrière de la Rolls. La portière se referma avec un bruit mat et rassurant, le coupant instantanément de la rumeur du monde. Le sergent ne savait toujours pas quoi penser de son compagnon ; après tout, derrière ses goûts de luxe, peut-être était-ce un type correct. En tout cas, il avait la ferme intention de l’avoir à l’œil.

— Au Muséum d’histoire naturelle, de l’autre côté de Central Park, ordonna Pendergast au chauffeur. La voiture se mit en marche et l’inspecteur se tourna vers son compagnon :

— Comment se fait-il qu’un policier d’origine irlandaise s’intéresse d’aussi près à l’opéra italien ?

O’Shaughnessy sursauta. Jamais il n’avait parlé à quiconque de sa passion pour l’opéra.

— Vous êtes un piètre dissimulateur, sergent. Lorsque vous observiez ces reproductions des personnages du Barbier de Séville, j’ai remarqué que l’index de votre main droite battait la mesure de l’aria de Rosina, Una voce poco fa.

O’Shaughnessy regardait Pendergast avec des yeux ronds.

— Vous vous prenez pour Sherlock Holmes ou quoi ?

— Il est rare de trouver des amateurs d’opéra dans la police.

— Et vous ? Vous aimez l’opéra ? rétorqua O’Shaughnessy.

— J’avoue avoir pour la chose le plus profond mépris. L’opéra était la télévision du XIXe siècle : bruyant, vulgaire, tapageur. Sans parler des intrigues que l’on peut sans peine qualifier d’infantiles.

Pour la première fois de la journée, O’Shaughnessy se prit à sourire.

— Mon pauvre Pendergast, dit-il en secouant la tête d’un air désolé. Décidément, vos dons d’observation sont loin d’être aussi développés que vous l’imaginez. Mon Dieu, quel béotien vous faites !

Un partout, songea O’Shaughnessy en voyant une ombre furtive passer sur le visage de l’agent du FBI. Il avait fini par trouver la faille.

[Aloysius Pendergast 03] La chambre des curiosités
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